Saturer sa stalle robot en reprenant une référence laitière ? Oui, mais à condition de maintenir 100 % d’autonomie fourragère et des résultats techniques au top. Il est nécessaire de vérifier le nombre de vaches à nourrir, la surface disponible et les possibilités techniques de la stalle robot. Rien de mieux qu’un cas concret pour comprendre.

1) Présentation de l’exploitation

Xavier et son frère mènent de mains de maîtres l’exploitation agricole de 96 hectares, composée de deux troupeaux : un cheptel laitier de 64 vaches traites au robot et un cheptel viande de 27 Limousines. L’autonomie fourragère est atteinte puisque tous les animaux sont nourris avec les fourrages produits sur la ferme.

2) Deux troupeaux : du lait et de la viande

Les vaches laitières produisent 29 kg de lait par jour, avec un taux butyreux à 47 g/kg et un taux protéique à 37 g/kg. Selon les saisons, les rations évoluent : 

En hiver, les ensilages de maïs (39% de la ration) et d’herbe (46%) sont accompagnés de 2 kg de betteraves fourragères, un fond de foin et 1,5 kg de tourteau de colza. La ration de base, distribuée à la mélangeuse, est complétée avec du tourteau de soja et de l’orge au robot, selon le potentiel de production et du stade de lactation de chaque vache.

Dès le printemps, le pâturage est en route. Il est complémenté avec  28% d’ensilage de maïs. L’été, lorsque la pousse d’herbe s’épuise, l’apport de fourrages se fait en bâtiment avec de l’enrubannage. Le troupeau ressort pâturer à l’automne.

La marge sur coût alimentaire est très bonne : + 7€ par vache et par jour. Le coût de concentrés pour le cheptel laitier est de 53 €/1000L. Le suivi technique du troupeau laitier est consciencieux, notamment via une observation par la méthode Obsalim basée sur les signes alimentaires. 
Le troupeau allaitant permet de valoriser les surfaces en herbe peu accessibles. Ce cheptel est aussi un moyen économique de capitaliser, même si la rentabilité de l’activité n’est pas optimisée.

Réussir la combinaison de deux troupeaux réside aussi dans le respect du bilan fourrager. Maintenir une autonomie fourragère totale est une condition fondamentale pour garder le cap d’un EBE à 45 000 € par associé.

3) Reprendre la référence laitière d’un voisin : Bonne ou mauvaise idée ?

Aux détours d’une conversation avec son voisin agriculteur, Xavier apprend qu’il cesse son activité laitière. Xavier se voit alors l’opportunité de saturer sa stalle robot, en lui reprenant une partie de sa référence laitière.

Xavier se demande alors combien de litres de lait est-il judicieux de reprendre ? Combien de vaches supplémentaires pour sa stalle robot actuelle ? Le bilan fourrager restera-t-il équilibré ? Faut-il maintenir le troupeau viande ?

  • La volonté première est de ne pas modifier le système alimentaire de ses troupeaux.
  • L’objectif est de maintenir un bilan fourrager équilibré avec une marge sur coût alimentaire supérieure à 7 € par vache et par jour.
  • La contrainte majeure est la place en bâtiment, qui ne peut pas accueillir plus de 35 génisses et 70 vaches laitières.

4) La maîtrise technique de la saturation d’une stalle robot

La stalle robot actuelle permet de traire 58 vaches à 29 kg de lait. Le nombre de traites par jour est à 2,8. Le temps libre est de 8%. Ces résultats sont de très bons taux de réussite qu’il faudra maintenir malgré une saturation du robot. Cependant, il est constaté une baisse de la production de lait selon les heures de traite. 

Pour maintenir de bons résultats techniques en robot de traite, plusieurs leviers d’optimisation sont activables, notamment le temps libre du robot : 

« Partons d’un troupeau de 65 laitières à 30 kg de lait et 2,5 traites / vache, soit 162 traites sur une stalle par jour. L’objectif est d’augmenter la fréquentation à 2,8 traites par jour. Si les paramètres de traite sont optimisés et que vous gagnez 30 s par passage dans le robot, cela représente 1 h 20 de gagnée sur la journée, soit 5 % de temps libre.

À la clé, un gain de temps : il y a moins de vaches à pousser dans la stalle, donc une baisse du niveau d’intervention de l’éleveur qui comporte toujours le risque d’habitude chez les animaux. Cela se traduit aussi par une meilleure intégration et expression du potentiel des primipares et des vaches dominées. Enfin, davantage de lait dans le tank à la fin de la journée grâce à une fréquentation plus élevée. »

5) Calcul, vérification et analyse du bilan fourrager

Le bilan fourrager est calculé avec une hausse de + 7 vaches traites par jour. Le troupeau laitier serait alors composé de 100 UGB-Lait : 65 vaches traites, 7 vaches taries, 25 génisses. Le taux de renouvellement est maintenu à 34% pour permettre un choix dans les vaches adaptées aux systèmes alimentaire et de traite.

Pour garder 100% d’autonomie fourragère, il est alors nécessaire de  réduire la part du troupeau viande. 

Dans la prévision, 7 UGB-Lait supplémentaires mangent 5,6 tMS :

7 UGB x 5,6 tMS/UGB = 39,2 tMS 

Il faut réduire de 39,2 tMS les besoins du troupeau viande :

39,2 tMS / 5,7 tMS/UGB-Viande = 6,9 UGB-Viande

Il est donc nécessaire de réduire de 7 UGB-Viande le cheptel allaitant.

Votre conseiller

Le bilan fourrager est recalculé en tenant compte des modifications :

  • 100 UGB-Lait : 65 vaches traites, 7 vaches taries, 25 génisses.
  • 33 UGB-Viande : 22 Limousines et leurs suites (7 génisses)
  • Maintien des 10 vaches à l’engraissement

 

L’assolement est légèrement modifié :

SAU = 96 ha, répartis en 27 ha de cultures de vente et 69 ha de SFP :

  • Maïs ensilé = 19 ha à 10,4 tMS/ha (+2 ha)
  • Herbe = 48 ha (ensilage, pâturage, enrubannage, foin) (-2 ha)
  • Betteraves fourragères = 2 ha (+0,3 ha)

 

6) Décision finale : reprise de 61 000 kg de lait, 100% d’autonomie fourragère

Avec 7 vaches traites à 29 kg de lait sur 300 jours en moyenne, la production de lait supplémentaire est de 60 900 kg de lait. Une reprise de référence laitière chez le voisin semble donc pertinente pour saturer le robot, tout en maintenant le système alimentaire actuel rentable et un bilan fourrager équilibré.

D’autres perspectives sont possibles. Les nouvelles stalles robot de son constructeur permettent plus facilement de traire 70 vaches laitières à 30 kg de lait. Il n’est, à ce jour, pas envisagé d’investir.

 L’idée retenue par Xavier et son frère est la reprise de référence laitière à son voisin-cédant de 61 000 kg de lait en deux reprises : 30 500 kg par an, sur deux ans. Cette progression laisse le temps de vérifier la maîtrise technique d’une stalle robot saturée.